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Policy brief · Développement & Finance

Taxer le mobile money sans casser l'inclusion financière

Trois leviers pour concilier recettes fiscales et poursuite de l'inclusion financière portée par le mobile money en Afrique centrale.

Couverture graphique du pilier Développement & Finance : diagramme en barres sur fond vert sombre.

Synthèse

La taxation directe des transactions de mobile money, adoptée dans plusieurs pays d'Afrique centrale pour élargir l'assiette fiscale, freine mécaniquement l'usage des populations les plus modestes, celles-là mêmes que l'inclusion financière devait toucher en premier. Trois ajustements ciblés permettent de préserver la recette sans inverser dix ans de progrès.

La taxation du mobile money s’est généralisée en Afrique centrale et de l’Ouest depuis 2018, portée par un argument simple : un secteur qui pèse déjà plusieurs points de PIB en flux de transactions constitue une assiette fiscale trop large pour être ignorée. L’argument n’est pas faux. Mais la façon dont cette taxation a été construite dans plusieurs pays (un prélèvement direct sur chaque transaction, retrait comme transfert) produit un effet secondaire documenté : une contraction de l’usage chez les ménages les plus modestes, précisément le public que l’inclusion financière par le mobile money avait réussi à faire basculer hors du tout-cash en une décennie.

Le mécanisme du recul

Une taxe par transaction touche proportionnellement plus durement les petits montants, parce qu’un prélèvement fixe ou quasi fixe pèse plus lourd rapporté à une transaction de quelques milliers de francs qu’à une transaction dix fois supérieure. Les ménages à faible revenu, qui utilisent le mobile money pour des opérations de faible montant et à haute fréquence (paiement de factures, petits transferts familiaux), sont donc les premiers à réduire leur usage, ou à revenir vers des circuits informels échappant précisément à toute traçabilité, fiscale ou autre.

Trois leviers, pas un choix binaire

Le débat public oppose souvent deux positions caricaturales : maintenir la taxe telle quelle au nom des recettes, ou la supprimer au nom de l’inclusion. Les données disponibles suggèrent une troisième voie, déjà expérimentée avec des résultats mesurables dans deux pays de la sous-région : cibler l’assiette fiscale sur les acteurs plutôt que sur chaque geste de l’usager, et calibrer le dispositif sur des données d’usage réelles plutôt que sur une hypothèse de recette fixée a priori.

À retenir

Recommandations

  1. 1

    Remplacer la taxe par transaction par une taxe sur les commissions perçues par les opérateurs, pour ne pas pénaliser directement l'usager final.

  2. 2

    Instaurer un seuil d'exonération sur les petites transactions (retraits et transferts sous un montant plancher), là où se concentre l'usage des ménages à faible revenu.

  3. 3

    Publier chaque semestre l'effet mesuré de la taxe sur le volume de transactions, pour ajuster le taux plutôt que de le figer sur une hypothèse de départ.

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